Emploi en Afrique : ces métiers et petits business que les jeunes sous-estiment encore

Pendant longtemps, réussir sa vie professionnelle en Afrique a souvent été associé à une seule image : obtenir un diplôme, décrocher un emploi dans une administration, une grande entreprise ou une ONG, puis construire progressivement sa carrière.

Mais le monde du travail est en train de changer.

Aujourd’hui, des milliers de jeunes africains passent plusieurs années à chercher un emploi, alors que des opportunités existent autour d’eux dans des secteurs parfois considérés comme « petits », « informels » ou peu prestigieux.

Artisanat, transformation agroalimentaire, réparation, commerce de proximité, services numériques, agriculture moderne, restauration, coiffure, couture, élevage, maintenance, livraison, création de contenu… Ces activités peuvent pourtant devenir de véritables sources de revenus lorsqu’elles sont bien maîtrisées et correctement organisées.

La question n’est donc plus seulement : « Où vais-je trouver un emploi ? » Elle devrait aussi être : « Quel problème puis-je résoudre et comment puis-je en faire une activité rentable ? »

L’emploi ne se trouve pas seulement dans les bureaux

Dans de nombreuses villes africaines, lorsqu’on parle d’avenir professionnel, certains métiers sont immédiatement considérés comme plus valorisants que d’autres.

Être fonctionnaire, cadre d’entreprise, banquier, médecin, ingénieur ou travailler dans une organisation internationale fait souvent rêver.

À l’inverse, devenir couturier, menuisier, réparateur de téléphone, plombier, mécanicien, coiffeuse, vendeur de produits alimentaires ou artisan peut être perçu comme une solution réservée à ceux qui n’ont pas réussi à faire de longues études.

Cette perception constitue pourtant un véritable frein.

Un bon artisan peut gagner davantage qu’un salarié mal payé. Un réparateur compétent peut avoir des clients tous les jours. Une petite activité de transformation alimentaire peut progressivement devenir une entreprise employant plusieurs personnes.

Le problème n’est donc pas toujours le métier. Le problème peut être la manière dont nous considérons le métier.

1. L’artisanat : un secteur souvent sous-estimé

L’artisanat constitue l’un des secteurs qui offrent le plus de possibilités aux jeunes.

Menuiserie, soudure, mécanique, plomberie, électricité, couture, coiffure, fabrication de meubles, décoration, maçonnerie, poterie, bijouterie, fabrication de chaussures ou encore réparation d’équipements électroniques : les besoins sont permanents.

Prenons l’exemple d’un jeune qui apprend la soudure.

Au départ, il peut commencer avec quelques outils et travailler dans un petit atelier. Avec l’expérience, il peut fabriquer des portes, fenêtres, tables, chaises, étagères ou structures métalliques.

Grâce à Internet, il peut également apprendre de nouvelles techniques, découvrir des modèles modernes et améliorer la qualité de son travail.

Quelques années plus tard, il peut avoir son propre atelier et employer deux, cinq ou même dix personnes.

Il n’a pas attendu qu’un employeur crée un poste pour lui. Il a créé une activité à partir d’un besoin existant.

2. Le micro-commerce peut devenir une véritable entreprise

Le mot « micro-commerce » donne parfois l’impression qu’il s’agit d’une activité sans avenir.

Pourtant, beaucoup de grandes entreprises commencent par une petite activité commerciale.

Vente de vêtements, produits cosmétiques, accessoires téléphoniques, produits alimentaires, chaussures, fournitures scolaires, produits agricoles, équipements solaires ou articles de maison : les possibilités sont nombreuses.

La différence entre une petite activité qui reste petite et une activité qui devient une entreprise réside souvent dans la gestion et la vision.

Un jeune qui vend dix produits par jour peut apprendre à :

  • identifier les produits les plus demandés ;
  • calculer correctement ses bénéfices ;
  • gérer son stock ;
  • fidéliser ses clients ;
  • utiliser WhatsApp et les réseaux sociaux pour vendre ;
  • proposer la livraison ;
  • créer une marque ;
  • réinvestir une partie de ses bénéfices.

Petit à petit, le commerce peut évoluer.

On commence parfois avec une table devant sa maison et on finit avec une boutique, plusieurs employés et un réseau de distribution.

3. L’agriculture n’est plus seulement une activité traditionnelle

L’agriculture est souvent considérée comme un métier difficile destiné aux personnes vivant dans les zones rurales.

Cette vision est en train de changer.

Aujourd’hui, un jeune peut se spécialiser dans la production maraîchère, l’élevage, l’aviculture, l’apiculture, la pisciculture ou la transformation des produits agricoles.

Mais surtout, il peut aller plus loin que la simple production.

Prenons l’exemple du manioc.

Au lieu de vendre uniquement le manioc brut, un entrepreneur peut développer une activité autour de sa transformation : gari, farine, tapioca ou autres produits dérivés.

La valeur ajoutée ne se trouve donc pas uniquement dans la production, mais également dans la transformation, l’emballage, la commercialisation et la distribution.

C’est là que l’agriculture peut devenir un véritable business.

4. Les métiers liés à l’énergie offrent de nouvelles possibilités

Avec le développement des solutions solaires en Afrique, de nouveaux besoins apparaissent.

Installation de panneaux solaires, maintenance, réparation, vente d’équipements, installation de systèmes d’éclairage, pompage solaire ou encore conseil énergétique : ces activités peuvent représenter de nouvelles opportunités pour les jeunes.

Un jeune qui se forme sérieusement dans le domaine peut commencer comme technicien, puis développer progressivement ses propres services.

Il peut également combiner compétence technique et commerce en proposant à la fois la vente, l’installation et la maintenance des équipements.

Cette combinaison peut transformer une compétence professionnelle en véritable entreprise.

5. Internet a changé les règles du jeu

L’une des plus grandes opportunités de notre époque est accessible à presque tout le monde : Internet.

Il y a quelques années encore, apprendre certains métiers nécessitait de voyager, de trouver un maître ou de suivre une formation coûteuse.

Aujourd’hui, un jeune disposant d’un smartphone et d’une connexion Internet peut apprendre énormément de choses.

Il peut suivre des formations, regarder des tutoriels, lire des livres électroniques, participer à des communautés professionnelles et apprendre auprès d’experts du monde entier.

Un jeune Africain peut ainsi apprendre 

  • le graphisme ;
  • le montage vidéo ;
  • la photographie ;
  • la programmation ;
  • la création de sites web ;
  • le marketing digital ;
  • la gestion des réseaux sociaux ;
  • la réparation électronique ;
  • l’installation solaire ;
  • la comptabilité ;
  • la vente en ligne ;
  • la création de contenu.

Mais il faut comprendre une chose essentielle :

Regarder des vidéos ne suffit pas. Il faut pratiquer.

La compétence apparaît lorsque l’on passe de la consommation d’informations à la réalisation de projets concrets.

6. Les métiers numériques ne sont pas réservés aux informaticiens

Beaucoup de jeunes pensent encore qu’il faut être ingénieur ou avoir fait des études en informatique pour travailler dans le numérique.

Ce n’est pas nécessairement vrai.

Une petite entreprise peut avoir besoin d’une personne pour gérer sa page Facebook, créer des affiches, monter des vidéos, photographier ses produits, créer son catalogue WhatsApp ou mettre en place un petit site Internet.

Un jeune peut apprendre ces compétences progressivement et proposer ses services aux commerçants, restaurants, associations, artisans ou entreprises de sa ville.

Imaginez un jeune qui accompagne dix petits commerces dans leur communication numérique.

Même avec des services simples, il peut créer une source de revenus régulière.

Internet n’est donc pas seulement un lieu où l’on regarde des vidéos ou discute avec ses amis. C’est aussi un marché.

7. Les petits services répondent à de grands besoins

Il existe également une multitude de services auxquels les jeunes ne pensent pas suffisamment.

Lavage automobile, nettoyage professionnel, entretien des maisons, jardinage, livraison, impression, photographie, décoration événementielle, réparation de téléphones, installation de caméras, maintenance informatique, restauration rapide, pâtisserie ou location de matériel.

Ces activités peuvent sembler simples.

Mais une activité simple qui répond à un besoin réel peut devenir rentable.

Prenons le nettoyage.

Un jeune peut commencer seul avec quelques équipements. Il propose ses services aux bureaux, restaurants, boutiques et particuliers.

Avec le temps, il peut recruter d’autres personnes, acheter du matériel et obtenir des contrats réguliers.

L’entreprise commence alors avec un service simple, mais elle peut évoluer grâce à une bonne organisation.

8. Le véritable changement doit aussi être mental

L’un des plus grands obstacles à l’entrepreneuriat en Afrique n’est pas toujours le manque d’argent.

C’est parfois notre manière de penser.

Certains jeunes refusent un métier parce qu’ils ont peur du regard de leur entourage.

« Tu as fait l’université et tu veux devenir couturier ? »

« Tu as ton diplôme et tu veux vendre des produits ? »

« Tu veux réparer des téléphones ? »

Ces remarques peuvent décourager.

Pourtant, aucun métier honnête ne devrait être considéré comme honteux.

Ce qui devrait compter, c’est la capacité à maîtriser son métier, satisfaire ses clients, gagner honnêtement sa vie et créer de la valeur autour de soi.

Un diplôme est important, mais il ne doit pas devenir une prison qui empêche de voir les autres possibilités.

9. Il faut passer de « chercher un emploi » à « créer de la valeur »

Cela ne signifie pas que tout le monde doit devenir entrepreneur.

Les administrations, les entreprises et les organisations continueront d’avoir besoin de salariés qualifiés.

Mais une société ne peut pas dépendre uniquement de la création de postes par le gouvernement.

Chaque année, de nombreux jeunes arrivent sur le marché du travail.

Si chacun attend qu’une institution lui donne un emploi, le problème restera difficile à résoudre.

À l’inverse, si certains jeunes deviennent artisans, commerçants, agriculteurs modernes, prestataires de services ou entrepreneurs numériques, ils peuvent non seulement créer leur propre revenu, mais également créer des emplois pour d’autres.

Un jeune qui crée une activité pour lui-même peut demain employer un autre jeune.

C’est ainsi que se construit progressivement une économie.

10. Commencer petit n’est pas échouer

L’une des erreurs les plus fréquentes est de penser qu’il faut beaucoup d’argent pour commencer.

Bien sûr, certains projets nécessitent des investissements importants.

Mais beaucoup d’activités peuvent commencer à petite échelle.

Un jeune peut commencer avec un seul produit.

Un artisan peut commencer avec quelques outils.

Un créateur de contenu peut commencer avec un téléphone.

Un vendeur peut commencer avec un petit stock.

Un informaticien peut commencer avec un ordinateur.

L’objectif initial n’est pas forcément de créer immédiatement une grande entreprise.

L’objectif est de commencer, apprendre, améliorer et grandir.

L’Afrique a besoin de compétences, pas seulement de diplômes

Le développement économique du continent dépendra aussi de sa capacité à transformer sa jeunesse en force productive.

Un jeune qui maîtrise un métier possède une valeur.

Un jeune qui sait réparer possède une valeur.

Un jeune qui sait vendre possède une valeur.

Un jeune qui sait produire possède une valeur.

Un jeune qui sait résoudre un problème possède une valeur.

Et aujourd’hui, grâce à Internet, l’accès à la connaissance est beaucoup plus facile qu’auparavant.

La véritable question devient donc :

Qu’allons-nous faire de cette possibilité ?

ne méprisons plus les petites opportunités

L’avenir professionnel de la jeunesse africaine ne se trouve pas uniquement dans les bureaux climatisés, les ministères, les banques ou les grandes entreprises.

Il se trouve également dans les ateliers, les champs, les marchés, les boutiques, les garages, les restaurants, les salons de coiffure, les centres de formation et désormais sur Internet.

Une petite activité peut devenir une entreprise.

Une compétence peut devenir un métier.

Un problème peut devenir une opportunité.

Et une personne qui commence seule peut finir par créer des emplois pour plusieurs autres.

L’Afrique n’a pas seulement besoin de jeunes qui cherchent du travail. Elle a besoin de jeunes capables d’identifier les besoins, d’acquérir des compétences, de créer des solutions et de construire des activités durables.

Le changement commence peut-être par une décision simple : cesser d’attendre uniquement que quelqu’un crée une opportunité et commencer à regarder autour de soi pour voir celles qui existent déjà.

Parce que parfois, l’opportunité que l’on cherche à des centaines de kilomètres se trouve simplement dans le besoin de son propre quartier.

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